Recherche

Poèmes et récits, Paul Picard

Ce que je ne sais

ce que je ne sais illustrer

le crissement des feuilles mortes

sous mes pas

les effluves

de l’herbe coupée

et du genêt en fleurs

le gazouillis de la petite enfance

le clapotis du ruisselet

le grondement du torrent

le sifflement du vent

mes pensées

mes cauchemars

mes rêves

ce que nous fûmes

et

la hantise de

l’ultime pirouette

Illustration : Abraham pleurant Sara, Paul Picard d’après Chagall

Publicités

Les lendemains qui chantent

Civilisations sont mortelles

avait dit Valéry

cruelles et criminelles

ça c’est moi qui le dis

Prochain siècle religieux

sera ou ne sera pas

Malraux aurait dit ça

qui sonne plutôt pompeux

A coup sûr religieux

de tous bords intégristes

et même chez les bouddhistes

on trouve des belliqueux

L’homme est un loup pour l’homme

Hobbes l’avait écrit

l’homme est un loup pour l’homme

ça c’est moi qui le dis

Illustration : Témoins par Paul Picard

Nostalgies

Lointaines très lointaines

réminiscences

images enfouies

ressurgissent

enfance adolescence

parents familles

ce qu’on croyait englouti

ce qu’on dit

ce qu’on tait

moments insignifiants

moments importants

pêle-mêle

années difficiles

années terribles

espoir renaissance

Nancy Colmar Bourg de Péage

Paris Denise Anne-Marie

plus un plus deux plus trois

la cordo

les emmerdes

et y en a eues

mais heureux

pêle-mêle

randos en chantant

scolarités

enfants exceptionnels

dixit Grand-maman

adorables petits-enfants

Londres Berlin Munich Oxford

les échecs les déceptions les réussites

accidents de santé

moments d’angoisse

deuils mariages

voyages

le sourire d’Anne-Marie

son courage

ses engagements

pourquoi elle ?

Illustration : Méditation en rose et bleu par Paul Picard

Nebelfog

Au Bastion, le 29 juin 2013

Nebelfog

Il monte, escalade,

descend, plonge,

se densifie,

étouffe,

s’épaissit,

noie

chalets, piste,

arbres, village,

s’éclaircit,

éphémère fenêtre

sur le Beaufortain,

perce un rayon diaphane,

bref,

et s’efface.

il monte, escalade

descend, plonge,

brouillard

à Montchavin.

le reverrai-je ?

Illustration : Combe-bénite et la Grande Parei sortent de la brume par Paul Picard

La Sassière

hameau vestige d’estive

pierre lauze éboulis que

l’alpe dévore, le soleil grille,

le brouillard noie, la rafale désagrège,

la neige engloutit

le tour-operator l’ignore, n’y draine

nippons, british, bataves, frenchies, teutons

et pourtant ….

Versailles, Louqsor, Venise, non

nul guide n’y conte des princes, des puissants

les fastes, intrigues, amours, trahisons, crimes, cupidités

pas de chroniqueur pour gens de misère

corvéables, taillables

et pourtant ….

aimaient, jalousaient, souffraient, rusaient, haïssaient

autant que grands seigneurs

Illustration : Hameau à l’abandon par Paul Picard

Dies Irae

arrivée

l’ère des parachutes dorés

des niches fiscales

des stock-options

plan social

ça monte en bourse

délocalisations

fusion cession compression

ça monte en bourse

licenciements

mais attention

avec sentiment

et compassion

zen en paradis fiscal

grands patrons

gèrent fondations

et ça c’est du social

ceux qu’ont pas de stock-options

d’actions d’obligations de fonds de pension

z’ont la télévision

et la tévéa

c’est toujours ça

sont tels les nantis

ben oui

ne point paieront

d’droits de succession

Août 2007

Illustration : 1994 Venise : plébéienne par Paul Picard

A la manière de

A la manière d’Alfred de Musset …..

Et de quelques autres

Mes chers enfants quand je mourrai

Ne me mettez au cimetière

Étais poussière

Retournerai à la poussière

Et ma cendre vous disperserez

Albums aux photos jaunies

Posées cadrées léchées

Lorgnons cols durs chignons

Inidentifiés ces parents des temps anciens

Inéluctable oubli

Aux obsèques rite obligé

Leurs mérites furent rappelés

Et leurs vertus célébrées

how strong how noble how brilliant

how courageous how beautiful Virginia Woolf

le grès le granit le marbre

la lèpre ronge

Toute trace efface

Ferrures rouillent pierres se couchent

L’herbe folle envahit

Tierra humo polvo sombra Gongora

Nada

Illustration : Le Lac par Paul Picard

Basique instinct

j’aurais voulu

quelques vers

de quelques poètes illustres

valse mélancolique et langoureux vertige

bien court

margot mon rêve au pas d’un tango

pas vraiment

ai fouiné recueils anthologies florilèges

basta

les poètes

la môme terpsichore

c’est pas leur muse

ont pas guinché

à mimi pinson

Illustration : Frise médiévale par Paul Picard

Retour de Venise

Poètes ne peuvent

                 Penseurs ne daignent

                                Touristes sont

     Six jours sac au dos guide en main

                          ensoleillés extasiés éblouis

                                                              arpentèrent

               la divine

                               la sublime

                                                        la sérénissime

Las

                                                                                      de Santa Clara

                                                                             la quittèrent

                                                                   Ciao

A Dijon il pleuvait

Illustration : « Dans Venise la rouge, Pas un bateau qui bouge » (Musset) par Paul Picard

Ce site vous est proposé par WordPress.com.

Retour en haut ↑